Quand attendre peut sauver une espèce

Parfois, la conservation ne consiste pas à en faire plus, mais simplement à attendre.

Chaque printemps, George et Melaney Matheson voient revenir des visiteurs familiers dans leurs champs de foin.

Goglu des prés dans un champs de foin

Les goglus des prés sont de retour.

Après avoir parcouru des milliers de kilomètres depuis leurs sites d’hivernage en Amérique du Sud, ces oiseaux chanteurs au plumage distinctif arrivent à l’Île-du-Prince-Édouard et ailleurs dans le sud du Canada avec un seul objectif : trouver un endroit sécuritaire pour élever leurs petits.

Bien cachés dans les hautes herbes, ils construisent de petits nids et comptent sur quelques semaines supplémentaires pour permettre à leurs oisillons de prendre leur premier envol.

Pour les Matheson, cela signifie attendre un peu plus longtemps avant de faire la première coupe de foin de la saison.
Comme des centaines de producteurs agricoles ALUS partout au Canada, ils retardent la récolte sur une partie de leurs champs jusqu’après le 15 juillet, laissant ainsi aux oiseaux champêtres le temps nécessaire pour éclore, grandir et quitter le nid avant l’arrivée de la machinerie dans le champs. Une décision simple aux résultats remarquables.

Au Canada, les populations de goglus des prés ont décliné de plus de 70 % au cours des 50 dernières années et l’espèce est aujourd’hui considérée comme menacée. Avec la disparition des prairies naturelles, les terres agricoles sont devenues l’un des principaux habitats de nidification. Les champs de foin jouent désormais un rôle essentiel, rendant le moment de la première coupe plus déterminant que jamais.

 

Laisser une place à la nature

Autrefois répandus dans les prairies naturelles du pays, les goglus ont vu plus de 75 % de leur habitat disparaître avec l’expansion des villes et la croissance de la population. Les paysages agricoles ont eux aussi évolué, forçant l’espèce à s’adapter. Aujourd’hui, le goglu niche dans les champs de foin et les pâturages : c’est désormais un oiseau champêtre.

Et son habitat continue de changer.

Avec l’évolution des pratiques agricoles, de nombreux champs de foin ont été convertis en cultures en rangés, réduisant les sites propices à la nidification. Les producteurs qui maintiennent des superficies en foin ou en pâturage comptent donc parmi les alliés les plus précieux de l’espèce.

Chaque printemps, les goglus reviennent y construire leurs nids au sol et élever une seule couvée. Mais ils ont besoin de temps. Si la fauche se fait trop tôt, les nichées entières peuvent être détruites.

Vers la mi-juillet, la plupart des jeunes ont quitté le nid, ce qui fait de la fauche retardée l’une des mesures de conservation les plus efficaces pour cette espèce menacée.

Protéger les goglus dépend directement des personnes qui prennent soin de ces terres.

Des producteurs agricoles qui font la différence

Pour les producteurs, retarder la récolte représente un véritable engagement.

Cela signifie souvent renoncer à des conditions météorologiques idéales et récolter un fourrage plus mature, de moindre qualité. Pourtant, année après année, les producteurs agricoles ALUS choisissent de créer de l’espace pour la nature tout en maintenant des fermes productives.

George et Melaney savent que le jeu en vaut la chandelle. Le couple exploite Springwater Farm à l’Île-du-Prince-Édouard, où ils élèvent des moutons et produisent du foin et de la paille. Chaque printemps, ils aperçoivent des goglus lors de leurs promenades dans les champs.

Dans une entrevue accordée à CTV News, Melaney explique attendre leur retour avec impatience. « Je les trouve vraiment fascinants. Leur chant est unique, et leur façon de voler en ondulant est incroyable. ». La ferme s’étend sur plus de 300 acres (environ 121 hectares), dont près de 25 acres (environ 10 hectares) sont consacrés à la fauche retardée dans le cadre d’ALUS.

Elle mentionne à CTV News aussi que l’un de ses moments préférés survient lorsque les jeunes quittent le nid. « On le remarque tout de suite, car il y en a soudainement partout. Et puis un jour, on se promène et ils ont tous disparu. Littéralement. ». Leur histoire se répète sur des fermes partout au pays, où les producteurs agricoles ALUS créent de l’espace pour la nature tout en poursuivant leurs activités agricoles.

Grâce à ALUS, les producteurs participants reçoivent un soutien financier et technique qui reconnaît les bénéfices environnementaux qu’ils génèrent. Le programme leur permet de préserver des habitats essentiels tout en gardant leurs terres productives.

« La conservation n’oblige pas à retirer des terres de la production, explique Jordan Sinclair, PDG d’ALUS. Chaque année, les producteurs agricoles ALUS démontrent que les fermes actives peuvent aussi soutenir des habitats précieux pour la faune. La fauche retardée en est un exemple puissant : lorsque l’on investit dans les producteurs comme partenaires de conservation, les résultats suivent. »

 

 

Chaque champ raconte une histoire

Si vous marchez dans l’un de ces champs au début de juillet, il est possible que vous ne remarquiez rien.

Mais sous vos pieds, des nids minuscules attendent en silence.

Quelques semaines peuvent faire toute la différence : permettre à des oisillons de prendre leur envol… ou non.

Parfois, les gestes de conservation les plus significatifs sont aussi les plus simples.

Un producteur attend. Un champ reste intact. Une espèce a droit à une nouvelle chance.

En savoir plus

Partout au Canada, les producteurs agricoles ALUS créent de nouveaux espaces naturels sur les terres agricoles, tout en renforçant la résilience de leurs fermes et de leurs collectivités.

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